Cuba : parlons démocratie

12.12.2016 - Gianmarco Pisa

Cet article est aussi disponible en: Espagnol, Italien

Cuba : parlons démocratie
(Crédit image : Gianmarco Pisa)

Un article paru sur le site en ligne du quotidien italien L’Unità (organe officiel du Parti Démocratique, parti du gouvernement) a saisi l’occasion de la mort du chef et principal protagoniste, et de nombreux autres, de la révolution et du socialisme cubain, pour réitérer les observations et les critiques, les plus fréquentes et abusives, apparaissant dans les circuits dominants soi-disant «libéraux». Le sens du raisonnement du chroniqueur se résume à toutes fins utiles dans la conclusion de l’article, lorsqu’il dit délibérément de façon banale et hyperbolique : « La dictature de Castro a limité (et limite encore) la liberté du peuple cubain, elle a transformé une colonie en une dictature militaire, en une prison, en incarcérant les homosexuels, les dissidents politiques et des innocents, et en transformant, de fait, Cuba en une Principauté où, comme dans toute principauté, le titre est passé de façon monacale.

Il serait intéressant de proposer à ceux qui soutiennent de tels arguments d’aller visiter l’île, en empruntant des circuits moins superficiels que celui habituel qui plait tant aux touristes occidentaux. Saisir l’opportunité de parler aux gens, lire un journal, se promener dans les rues et les places (non seulement celles de La Havane), assister à des réunions, participer à des discussions, il y en a qui se trouveraient devant une réalité tout à fait différente. Et attention, il ne s’agit pas du «paradis des travailleurs », de l’Eden transplanté sur terre, ni du meilleur des mondes possibles. Il s’agit plutôt d’une réalité politique et sociale vivante et dynamique ; d’une confrontation politique et culturelle qui n’a rien à envier aux soi-disant « sociétés occidentales libres » ; d’un niveau de vie, en termes de garantie des droits sociaux, d’accès aux services sociaux, d’assistance, de bien être, de santé, avec une qualité des services fournis que de nombreuses « sociétés occidentales » pourraient encore regarder avec envie.

Une prémisse, sans laquelle il serait difficile de comprendre : la qualité de la démocratie dans n’importe quel pays, et plus encore à Cuba, ou même en Italie, se mesure à la qualité de la garantie des droits. Et lorsqu’on parle de droits, de droits de l’homme, on parle d’une série de droits conçus comme fondamentaux, universels et indivisibles (par définition). Clarifions par conséquent cette idée que la démocratie consiste uniquement dans la liberté de voter pour ceci ou pour cela. C’est erroné. Elle consiste « même » et non « exclusivement » en cela : si les droits sont universels et indivisibles, ils ne sont pas comme les pétales d’une marguerite que nous effeuillons, en triant ceux qui nous plaisent de ceux qui nous déplaisent. Tout doit être protégé et garanti : les droits à la liberté, civile et politique, tout comme les droits matériels, économiques et sociaux, les droits des communautés, des peuples et de l’environnement, de la nature et de l’écosystème de manière « globale ».

Nous avons parlé de la qualité de la démocratie et d’un parti unique. Cuba est un système de parti unique, à la différence, entre autres, du nôtre, en Italie, où existe un multipartisme dynamique et vivace. Cependant, le mécanisme politique et le système électoral à Cuba font que ce ne soit pas le parti unique (le Parti communiste de Cuba) qui choisit les candidats et sélectionne les listes électorales qui seront soumises au vote de l’électorat. Le vote à Cuba est « libre, égalitaire et secret » et les candidatures sont proposées par les organisations de masse (l’organisation des femmes, des jeunes, de l’université) et sélectionnées par le biais d’une consultation populaire organisée par circonscriptions. Seuls les candidats ayant obtenu au moins la moitié des votes valides dans la circonscription sont élus. Le mandat des élus peut être révoqué par les électeurs de la circonscription même.

Comparons maintenant ce système à celui en vigueur en Italie, où lors des dernières élections, sans remonter trop loin dans le temps, les députés ont été élus comme toujours , sans mandat inaliénable (combien de parlementaires en Italie rapportent ponctuellement leurs activités institutionnelles et initiatives parlementaires dans leur circonscription électorale ?) et, comme ce fut le cas la dernière fois, sur la base de listes électorales « bloquées ». Les candidats ont été choisis, établis et sélectionnés exclusivement par les partis politiques, sans aucun type de lien avec une sélection populaire des candidatures ; parmi eux, c’est la liste électorale avec le pourcentage le plus élevé, peu importe lequel, qui a obtenu la majorité absolue des sièges à la Chambre. Il suffirait, à titre d’exemple, d’un appui électoral d’environ 25 % pour gagner 54 % de la Chambre.

Parlons maintenant des droits, les droits civils, les droits sociaux, les droits culturels. L’histoire, dans ce cas, est mieux connue, et ne nécessite pas d’autres arguments sinon une mise à jour nécessaire, juste pour clarifier ce que l’on entend par richesse du contenu social du socialisme cubain, de la transformation sociale engendrée par la révolution et l’importance de l’héritage politique de Fidel Castro. Cuba figure parmi les 70 premiers pays au monde, sur 200, pour le « développement humain » : l’indice de développement humain à Cuba égal à 0,77 occupe la 67ème place au monde sur cette liste particulière ; il ne craint pas la comparaison avec d’autres pays comme l’Europe (la Serbie est 66ème et l’Albanie 85ème), ou à d’autres plus importants (la Turquie, 72ème, et l’Egypte, 108ème). Tant par sa taille et sa situation, elle pourrait être située dans le voisinage d’autres pays de l’Amérique centrale et des Caraïbes, mais malheureusement dans ce classement le Honduras n’occupe que la 131ème place et Haïti la 163ème. Bien sûr, Cuba est frappé d’un embargo américain et occidental stricte, empêchant l’importation de nombreux produits, depuis bien 55 ans.

Pour conclure la question des droits de l’homme, nous devons, bien sûr, faire référence aux données du PNUD : de ce point de vue, la révolution victorieuse de 1959 représente un véritable tournant. L’analphabétisme est passé de 24 % en 1958 à 0,2 % aujourd’hui (aux États-Unis il s’élève à 1 %) ; le taux de mortalité infantile est passé de 3,5 % en 1958 à 0,5 % de nos jours (aux États-Unis, il est de 0,6 %) ; l’incidence du travail des enfants est passé de 3,5 % en 1958 à 0 % (les Etats-Unis ne fournissent pas de chiffres officiels, mais les observations indépendantes témoignent de la présence et de la propagation de ce phénomène tragique, notamment ici). L’espérance de vie à la naissance est de 79,4 ans (aux États-Unis, il est de 79,1). L’indice de développement lié au genre est de 0,954. Le taux de participation des femmes dans la population active est supérieure à 43 % (aux États-Unis, 56 %). Le taux de chômage dans la population active totale est de 3 %, tandis qu’il est de 8 % aux États-Unis et de 12 % en Italie.

J’approuve et suis tout à fait d’accord. Nous parlons de « démocratie » : dynamisme social, participation culturelle, affranchissement du besoin. Comme nous l’avons déjà évoqué, le petit David a déjà vaincu le géant Goliath sur le champ du défi social.

 

Traduit de l’italien par Devi-Marie Gruenenberger – Trommons.com. Révision de Ginette Baudelet.

Catégories: Amérique centrale, Droits humains, Opinion
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